samedi 12 décembre 2009

Aujourd'hui, crevettes au menu !

C'est donc ce samedi 12 décembre que je serai présent à Botanic - Venelles pour parler avec vous de... crevettes. Enfin, de crustacés, puisque je peux déjà vous le dire, l'équipe a fait rentrer quelques espèces, notamment de la CPO, une écrevisse naine (Cambarellus patzcuarensis "Orange").

Je trouve l'initiative du magasin (plus particulièrement d'Edith qui est à l'origine du projet et qui m'a sollicité) plutôt courageuse et volontariste. À l'heure du prêt à consommer (et de la crise, aussi...), il est certainement plus simple pour des commerçants de vendre des poissons rouges ou autres guppies ultra colorés. Conseiller à des clients de démarrer un bac (nano, de préférence) avec des crevettes, cela demande du temps en explications et une certaine disponibilité pas toujours évidente, surtout lorsqu'il s'agit d'un magasin d'une grande chaîne dont l'aquariophilie n'est qu'un petit secteur de leur activité. Voilà qui ébranle un peu les certitudes, comme quoi les grandes chaînes seraient systématiquement en totale opposition avec la philosophie d'une aquariophilie responsable. Évidemment, comme toute chose, ce n'est pas parce qu'un seul magasin prend cette initiative qu'il faut en faire une généralité. Mais c'est une petite brèche dans le mur de l'incompréhension qui sépare trop souvent commerçants et aquariophiles "purs et durs". Cela montre que l'on peut travailler ensemble et, qui sait, peut-être un jour faire évoluer les mentalités dans le bon sens. Car une aquariophilie consumériste, sans réel engagement dans le durable et le respect des animaux, ne pourrait survivre bien longtemps. Les aquariophiles en sont convaincus depuis plusieurs décennies, ainsi que certains acteurs du domaine économique. Mais ces derniers restaient assez marginaux. On peut donc se féliciter des progrès accomplis ces récentes années (car bien sûr, je ne suis pas le premier à établir un partenariat avec le magasin d'une grande chaîne, d'autres l'ont fait avant). Croisons les doigts pour que ce genre d'initiatives se multiplie !

Concernant les crevettes, outre la "Red Cherry" et la "japonica" toujours plus ou moins présentes, vous y trouverez de la "Bee", mais aussi de la "cf. propinqua Orange" et quelques autres petits bijoux que l'on a toujours plaisir à voir. Les "mordus" de crevettes resteront peut-être sur leur faim, mais pour les autres, c'est un joli monde à découvrir.
Si vous n'êtes pas loin de Venelles, n'hésitez pas venir y faire un tour cet après-midi (à partir de 14h), puisque l'entrée est libre et sans obligation d'achat.
À très bientôt alors !

Voilà un petit "teaser" en attendant cet après-midi... Et à noter qu'un dossier complet sera bientôt consultable en ligne, à partir du site d'Aquatic.

mercredi 4 novembre 2009

Claude Lévi-Strauss, 1908-2009

Il aurait eu 101 ans le 28 novembre prochain. Anthropologue, ethnologue, Claude Lévi-Strauss, qui s'est éteint le 30 octobre dernier, a révolutionné la vision occidentale de "l'Autre".

En effet, jusqu'à bien après la seconde guerre mondiale, il était courant de penser que les peuples dits "primitifs" ("premiers" étant un terme aujourd'hui bien plus accepté) étaient non civilisés, c'est-à-dire avec une structure sociale particulièrement limitée (pour ne pas dire "dévoyée", selon certains !) et une culture inexistante. Mode de pensée ridicule, sorti d'un autre âge, et pourtant, pas si lointain que cela. Pire, cet a priori concernait également les peuples des colonies d'alors qui, pourtant, n'avaient plus rien à prouver depuis longtemps quant à leur degré de civilisation. C'est ainsi que Lévi-Strauss lui-même fut confronté en 1950 à cette pensée unique lorsqu'il intégra la direction d'études à l'École pratique des hautes études, avec une chaire baptisée "Religions des peuples non civilisés", qui concernait notamment les ethnies africaines des colonies ! Il la rebaptisa "Religions des peuples sans écriture". Notons qu'il fut lui-même une victime de cette vision qui atteignit son paroxysme lors de la décennie précédente, avec le nazisme : en 1940, il est révoqué de son poste de professeur du lycée de Montpellier. La raison ? Parce qu'il est juif, tout "simplement", et que les lois vichystes qui viennent d'être promulguées après la défaite lui interdisent d'exercer sa profession. Pourtant, cette loi sera une chance pour lui, puisqu'il décide alors de partir vers les U.S.A. pour continuer à travailler. Il échappera donc à la traque qui s'ensuivra pour les Juifs restés en France ou dans certains autres pays occupés par les nazis.

C'est en 1955 que Claude Lévi-Strauss publie son roman "Tristes tropiques", dans lequel il exprime d'emblée son dédain (sa "haine") pour les explorateurs. Simple provocation de la part de quelqu'un qui a passé plusieurs années à voyager ? Certainement, mais on y voit tout de même et surtout un fond de réalité : Lévi-Strauss agit en tant qu'observateur lorsqu'il vient découvrir les peuples amérindiens du Brésil. Contrairement à nombre de ses pairs, il n'est pas là pour évangéliser... ou pour "civiliser" ! Pour lui, ces peuples ont déjà une culture, une civilisation. Hors de question donc de les "pervertir".

Et c'est là sans doute l'une de ses plus grandes contributions : il prend à contre-pied cette société qui veut absorber tous ces peuples dits "sauvages" et annonce d'emblée que ceux-ci sont en voie d'extinction, et qu'il est de notre devoir de protéger ces cultures bientôt perdues à jamais. C'est l'essor de l'anthropologie, lorsque "l'Autre" devient humain à part entière. Évidemment, même encore aujourd'hui, pour certains hélas trop nombreux, il ne s'agit que d'une idée farfelue.

Il y a quelques jours, je chroniquais ici-même l'ouvrage "Enterre mon cœur à Wounded Knee" de Dee Brown, qui reporte quasi méthodiquement les principaux actes du massacre perpétué à l'encontre des amérindiens des États-Unis d'Amérique. Et je ne peux m'empêcher de me demander : si Lévi-Strauss était né un siècle plus tôt, le visage des U.S.A. en aurait-il été complètement bouleversé ? Y aurait-il eu une prise de conscience, un choc sur l'opinion publique ? Les premiers peuples d'Amérique du Nord auraient-ils été un minimum protégés ? Verrait-on encore des Cheyennes vivre dignement, côtoyant les immenses troupeaux de bisons des vastes plaines ?
Rien de tout cela n'est certain, et il est fort probable que le téléphone portable et les antennes satellites auraient de toute manière fleuri dans ces espaces de liberté. Car hélas, allez savoir pourquoi, le modèle occidental séduit outrageusement, même si l'on peut légitimement douter qu'il soit le meilleur avenir de l'Homme (et de la Femme ! Une majuscule pour elle, c'est sans doute sémantiquement faux, mais ça fait du bien).

Cela montre tout de même qu'il suffit parfois d'un seul homme pour changer les comportements de la majorité d'entre nous et donc de bouleverser toute l'Humanité. Et Claude Lévi-Strauss était de ces hommes-là, hélas trop rares.

vendredi 16 octobre 2009

L'histoire d'une photo (et d'un profil...)

Mais quel est donc le paysage qui apparaît derrière moi, sur la photo de mon profil ? Oui, oui, il s'agit bien de la photo dans la colonne de droite, juste à côté, là.
Je suis sur les rives du Saint-Laurent, plus précisément sur l'île d'Orléans, non loin de la magnifique ville de Québec. Donc, ce n'est pas encore le Grand Nord canadien, mais c'est déjà un dépaysement total.
Il arrive quelquefois que des icebergs en provenance du Labrador descendent le Saint-Laurent et se disloquent en plusieurs "petits" morceaux (qui font quand même pour certains au moins 3 m de hauteur)... Même s'ils ont déjà bien perdu de leur superbe, ils dominent encore largement les épaisses plaques de glace qui recouvrent partiellement le fleuve à cette période de l'année, c'est-à-dire le début du mois de mars.
Le Saint-Laurent couvert de glace me fait le même effet qu'une vue sur les marécages du Pantanal ou les récifs coralliens de la Réunion : c'est d'une beauté à couper le souffle. C'est la nature qu'on se prend en pleine figure. C'est le sentiment que le paradis existe sur terre, qu'il n'y a pas besoin d'espérer un ailleurs pour trouver le bonheur.
Mais voilà, d'autres en ont décidé autrement et au mépris de tous les peuples du monde, de toutes les merveilles que la nature nous offre, ils sont en train de démolir ces visions de rêve à coup de gaz à effet de serre, d'industrie galopante et d'urbanisation toujours plus folle. Pour une seule raison : avoir encore plus d'argent, une voiture encore plus grosse, une maison encore plus grande... bref, pour avoir un bonheur encore plus grand. Car c'est bien connu, ce sont les valeurs actuelles qui déterminent le bonheur.
J'en entends déjà rétorquer que pour voir toutes ces merveilles du monde, il a bien fallu que je prenne l'avion et que par conséquent je participe aussi à cette pollution. C'est vrai, et je n'en suis pas fier. Mais justement, témoigner de la beauté de ces choses, sensibiliser pour qu'enfin cesse le massacre, c'est déjà essayer de réparer un tant soit peu le mal que l'on inflige à notre planète.
Alors, rêve de bobo ou conscience d'un monde qu'on est en train de perdre ? À vous de juger...

vendredi 18 septembre 2009

CIL-IBSC 30 ans !

Amis aquariophiles et plus particulièrement "labyrinthidophiles" (pour les non-initiés, non, ce n'est pas sale, il s'agit seulement de désigner de manière courte et pas trop ampoulée les amateurs de poissons à labyrinthe des familles Anabantidés et Osphronemidés, entre autres), Blois 2009, c'est parti ! D'autant que l'association CIL-IBSC fête ce week-end ses 30 ans d'existence.

De nombreux auteurs d'AQUATIC seront là demain : Franck Delanoy, Marc Maurin, Michel Dantec, Sylvain Mathieu et Loïc Vaillant. Nous essayerons d'ailleurs de présenter succinctement le magazine à ceux qui ne le connaitraient pas avec une petite projection.

Pour l'heure, il faut encore empaqueter les quelques Betta simplex que je veux céder, n'ayant plus de place pour parrainer l'espèce (c'est-à-dire assurer sa pérennité auprès des membres de l'association).
Puis départ pour Marseille pour rejoindre Marc Maurin et Cyril Bensaïd, grands éleveurs de betta de sélection et champions dans diverses catégories.
J'insiste sur le fait que les espèces de forme naturelle (c'àd "sauvages") seront également bien représentées.
Petit détour ensuite dans la région lyonnaise pour récupérer Hervé G. histoire de compléter l'équipe et de s'amuser comme des petits fous jusqu'à Blois.
Le samedi, diverses conférences, dont une présentation prévue par nos amis de Crusta-Fauna, et le dimanche, bourse aux poissons qui permet de trouver des espèces rares.
Vous aurez ici (ou sur le forum d'Aquatic) un petit aperçu de ce congrès.
D'ici là, passez également un bon week-end.

jeudi 10 septembre 2009

ANIMAL'Z, de Enki Bilal

J'ai enfin lu le dernier Enki BILAL, sorti en mars 2009. Vous pouvez en savoir plus sur cette nouvelle œuvre en allant sur le site officiel de Casterman, d'où est extraite l'image de couverture (respectons les droits d'auteur, car bien que trop souvent ignorée par les médias, c'est un comble, la presse est autant victime que la musique).
Pour ceux qui ne connaitraient pas, ANIMAL'Z est une œuvre de science-fiction poétique, genre trop rare dans lequel excelle E. Bilal.

J'avoue avoir eu une réaction trop hâtive la première fois que j'ai feuilleté cette nouvelle B.D. J'avais trouvé par moment le dessin un peu "bâclé"... pour du Bilal, bien sûr. Quand on est habitué au meilleur, on devient de plus en plus exigeant vis-à-vis d'un auteur si talentueux. Et c'est un doux euphémisme, car le graphisme est proche du pur génie. S'il y a effectivement quelques pages qu'on aurait aimé plus dynamiques (les scènes d'action, justement), l'ensemble reste d'une grande beauté avec une force visuelle qui stimule l'imagination du lecteur. Car Bilal sait mieux que quiconque suggérer plutôt que montrer. À vous de compléter ce monde de demain qui semble se conjuguer au futur proche, trop proche.

Voilà, la deuxième fois est la bonne, je repars avec un Bilal sous le bras, comme au "bon vieux temps". Et comme au bon vieux temps, c'est une claque autant visuelle que narrative. Le futur est gris, l'horizon est bouché, pour ne pas dire impalpable, inexistant. No future ? C'est un peu cette sensation, sauf que les punks à la musique binaire sont remplacés par des néo-nihilistes qui citent les plus grands penseurs (non, Jacques Séguéla n'y est pas...). La mer est omniprésente, jusque sur terre et dans les airs !

Le déréglement climatique est passé par là. Les civilisations ont été dévastées par ce bouleversement où les repères géographiques n'ont plus de sens : que vient faire le Mont Blanc dans les contrées de l'Himalaya ? Métaphore à peine masquée de l'Homme qui modifie le milieu à si grande vitesse qu'il ne le reconnaît même plus en l'espace d'un claquement d'un doigt.

L'univers de Bilal a souvent été peuplé d'animaux, il suffit de se souvenir des dieux égyptiens de la trilogie Nikopol ("La foire aux immortels" ; "Froid équateur" et bien sûr "La femme piège"). La mer, véritable héroïne de ce nouvel album, n'est pas non plus une première pour le dessinateur - scénariste - réalisateur (on lui doit "Bunker Palace Hotel" ; "Tykho Moon" et "Immortel", dernier film sorti en 2004). Elle avait eu un joli rôle dans "Le vaisseau de pierre", magnifique B.D. de 1976 que je vous recommande chaudement tant son thème est toujours actuel et où l'on trouve déjà les préoccupations environnementales de l'auteur, même si Pierre Christin en était le scénariste : on imagine mal le dessinateur, véritable artiste dans tous les sens du terme, cautionner un récit qu'il désapprouverait. Préoccupations environnementales également dans "Le sarcophage", avec encore pour notre plus grand bonheur Christin au "scénario" (la couverture de l'album présentait "Les correspondances de Pierre Christin"), et cette fois le drame de Tchernobyl. Je reparlerai ultérieurement de Christin, qui est au scénario ce que Bilal est au dessin : un pur génie !
Il y a cependant quelque chose de différent dans "ANIMAL'Z" puisque la nature reprend ses droits et manipule à son tour l'espèce humaine. Problème : celle-ci semble devenue complètement folle, sans repères, où l'hémisphère sud se confond avec l'hémisphère nord, où les hippocampes volent et où les ours polaires se consultent pour savoir si oui ou non il reste une part d'animal dans l'Homme. Sa part d'humanité, peut-être ?
Jolie métaphore également : les "packs hybride" où l'Homme doit muter en animal pour survivre dans un environnement hostile. Il ne s'agit pas de le transformer en créature hideuse et répugnante, c'est même tout l'opposé, comme pour mieux souligner que le futur de l'Homme passe forcément par celui de l'animal. Une sorte de relation symbiotique. Espérons que le message passera au plus vite !

Un très beau livre qui combine dessins aux tons gris somptueux et récit original, avec une touche d'espoir malgré une vision assez pessimiste de l'avenir de notre planète. À lire de toute urgence, que vous soyez amateur de B.D. comme de livres bien écrits.