mardi 6 décembre 2011

Guppy un jour, guppy toujours (?)

Comme annoncé dans le billet précédent, le numéro 13 d’AQUAmag est consacré au guppy. Je ne vais pas ici « faire l’article », si j’ose dire, de cet opus, d’autant qu’il est assez facile de consulter le sommaire.


Je dirais juste que pour ce numéro spécial, il était normal de faire appel deux spécialistes du guppy : Ronan Boutot (dont le livre « Guppy Passion », Animalia Éditions, 2007, nous livrait déjà des sommes d’information sur ce poisson), et Denis Barbé. Ce dernier est le Vice-Président de l’IKGH (Internationales Kuratorium Guppy Hochzucht = Assemblée Internationale d’Administrateurs pour l’élevage de haut niveau du Guppy). Cette structure fédère les associations européennes et organise le championnat d’Europe des guppys. Tout un programme ! Ces deux auteurs sont également membres de l’AFV (Association France Vivipares).


On peut paraître étonné qu’encore aujourd’hui le guppy reste si populaire et provoque suffisamment d’émoi pour qu’une littérature toujours constante, et assez volumineuse, lui soit consacrée année après année. Son succès ne se dément toujours pas, malgré l’apparition d’espèces nouvelles de petite taille faciles à maintenir, et l’évolution de la technologie qui permet de désormais héberger des poissons a priori plus difficiles.


C’est sans doute dû au fait qu’il peut séduire autant les amateurs de formes dites naturelles, et d’élevage (issues de sélection). Les premières nous arrivent souvent grâce à la passion des membres de l’AFV ou encore suite aux voyages sous les tropiques d’aquariophiles curieux qui, ayant remarqué de jolis poissons dans une mare près de l’hôtel, se rendent compte avec stupéfaction qu’il s’agit de guppys ! Évidemment, pas des spécimens « snake skin » ou « blonds » à queue delta, mais des individus à l’allure gracile et au corps sobrement marqué de vert, de noir, avec parfois quelques ocelles et une caudale qui peut être complètement translucide, même chez les mâles !


Le guppy est aujourd’hui présent dans la plupart des zones tropicales, depuis les ruisseaux proches du bord de mer (ou se jetant carrément dans la mer, subissant fortement l’influence de celle-ci, avec une eau bien saumâtre, comme j’ai pu le constater notamment à la Réunion) jusqu’aux plaines et reliefs où la température reste clémente. Bien sûr, cette présence est due aux lâchers pratiqués par l’Homme. Car le guppy, Poecilia reticulata, a le même rôle que la gambusie (Gambusia holbrooki, et non Gambusia affinis comme on le lit parfois) : c’est un grand consommateur de larves de moustique, permettant de lutter contre le paludisme dans les zones habitées. Malheureusement, ces introductions massives ont permis à l’espèce de coloniser de très nombreux biotopes, et de concurrencer les espèces natives, à leur détriment. Voilà comment, de la zone Caraïbes et du Venezuela, le guppy a colonisé tous les habitats dans toutes les Amériques (on les rencontre désormais jusqu’en Floride), puis le reste des zones tropicales, depuis l’Afrique jusqu’à l’Asie du Sud-Est et l’Australie.


Quant aux formes de sélection, on ne peut que rester pantois devant les créations obtenues par des éleveurs qui n’en finissent pas de nous surprendre. Le guppy « see thru » est l’un de ces derniers exemples.

Même si l’on est peu porté sur les variétés d’élevage, on ne peut être qu’admiratif devant la qualité des poissons obtenus. On parle ici d’éleveurs sérieux qui maintiennent et développent des souches depuis plusieurs générations. Car on s’aperçoit que conserver ces poissons sur le long terme, et avec toujours un souci de qualité, n’est pas forcément à la portée du premier venu.


À titre personnel, j’avais entre 6 et 7 ans lorsqu'un ami me donna 3 guppys issus de ses « repros » pour peupler mon premier bac ; en eau depuis une quinzaine de jours et encore sans poisson. J'étais littéralement fasciné par l'aquarium de cet ami où évoluaient des guppys de toutes les tailles. À cet âge, cela frappe l'imagination. Le trio, deux mâles et une femelle, a ainsi rejoint mon aquarium en fin d’après-midi, et dès le lendemain, ils étaient déjà plus d'une vingtaine ! La seule femelle (j’ignorais encore qu’il fallait 2 femelles pour un mâle… et non l’inverse) avait mis bas durant la nuit. On aurait pu y voir un signe du destin, mais bien sûr, la réalité est tout autre : il est fréquent qu’une femelle « accouche » suite à un transfert et un changement de qualité d’eau (et de température). Cela conduit d’ailleurs certaines à faire des « fausses couches », les alevins n’étant pas complètement formés. Mais lorsqu’elles sont à terme, cela peut provoquer la naissance des petits sans trop de complications. Voilà comment mon aventure aquariophile a démarré, au grand dam de mes parents qui espéraient pouvoir ranger l’aquarium au bout de quelques mois… Raté pour eux ! Cela m’a permis mes premières observations et m’a fortement encouragé. Le plus drôle, c’est que malgré quelques décennies passées, il y a toujours des guppys à la maison (pas de la même souche, j’en conviens…).


Ces petites histoires sont ici relatées non pas pour justifier un numéro d’AQUAmag « Spécial Guppy », mais pour affirmer qu’il y a quelques espèces de poissons qui ont cette incroyable capacité à toujours nous émerveiller, malgré le temps et les expériences aquariophiles qui passent. Il n'est donc pas étonnant que l'on maintienne invariablement une espèce sur plusieurs décennies, ou bien qu'on décide un beau jour "de s'y remettre". Car redécouvrir un poisson est source de divers enseignements, sur soi-même notamment. C'est une redécouverte permanente.
Alors, pourquoi ne pas se laisser tenter à nouveau par le guppy ?